Chère I.
Lettre 28
SIX
Quatorze-heures cinquante et une minutes et trente secondes.
Retour case départ. Claudia et Sandro sont sauvés de leur désespoir amoureux. (C'est toujours ça de pris!). Scopello n'a toujours pas retrouvé son maître. Aucune nouvelle de Vittorio. La Fiat 500 grise et ses deux énormes grafignes le long de la carlingue oblige Paul à retourner plus tôt dans l'enfer, audible ET visible, de Palermo.
«Pouetttt!!! Bing! Pouettttpuoettt! Bang! Pouettttt!»
«Qui e questo cretino! Ma va fanculo!!!» dit Pig26, au détour d'un grand boulevard.
«Eh! Garde-les tes gènes, Rambo! Allez! Casse-toi!!!» lui souffle Scopello, jappant comme un malade au feu de circulation, où Pig26, cigare à la bouche, au volant d'une Audi 9 rouge rutilante, lunettes Rayban noires et Panama blanc, leur coupe la voie et égratigne à nouveau la voiture.
«Sûr que c'est un mafioso celui-là! Je lui exploserais les testicules si je ne me retenais pas!» dit Paul, en colère, jetant un regard par derrière à la Fiat dans un piteux état.
«Aouch!!!! Ça va me coûter une beurrée, cette virée sicilienne de merda!»
«Pouettetete! Pouettttt!» Au carrefour de Corso Vittorio Emanuele (tiens, ça dit quelque chose à Paul, ça...) et de la Piazza Quattro Canti, un nouvel embouteillage. Monstre.
Une foule bigarrée. Des immenses caméras noires. Un arsenal technique noyé parmi des dizaines de camions blancs. D'autres hommes en lunettes fumées et caskets de cow-boy. Des femmes fardées assises sur des petits bancs de bois, l'air de s'ennuyer ferme en sirotant un Monaco bien frais, cigarettes au bec, flattant négligemment quelques chiens palermitains vagabonds.
«Cecilia! Cecilia!, c'est ton tour maintenant!» crie soudainement un homme, longs cheveux blancs ramassés en une lulu, lunettes de faux intello et immenses halos de sueur sous les aisselles.
Paul stoppe le moteur.
Paul stoppe sa glycogénogenèse.
Paul stoppe sa régénération mitochondriale.
Paul stoppe son système nerveux sympathique et parasympathique.
Paul, détachant son coeur lentement de sa main droite, le dépose sur ses deux genoux. «pouhpouh, pouhpouh, pouhpouh!» Son regard est tout tourné vers celle qui ne le voit pas. La chaleur de son coeur réchauffe sa peau au travers ses cuisses, son ventre et son sexe. Du minuscule trou laissé dans sa poitrine, gicle une immense gerbe de marguerites blanches, fraîches et neuves.
«In your dream, Paul!» lui souffle le chien sicilien, aux premières loges de cet incroyable Big Bang amoureux!
Portrait de Cecilia, Léonardo Da Vinci.
Quatorze heures cinquante minutes, trente et une secondes. Là, précisément au carrefour des grandes voies palermitaines, Paul est tombé, à nouveau, amoureux.
-Pfffffffffffffffffffffffffffffffffffffff!!!!!!!
En un seul instant. En une seule seconde.
Scopello aboie. Les mouettes percent les nuages cotonneux de leur cris stridents. La foule est déviée vers la droite. Le clappement de l'ardoise résonne dans le grand ciel.
MOTEUR
ÇA TOURNE
«CLAP!»
A-C-T-I-O-N...
ÉPILOGUE
Scopello a vu Vitorrio se faufiler par derrière son museau, tentant de l'attraper de ses deux mains avec un filet de pêche. Très blême et plutôt raide, Vittorio ne fait plus bella figura et semble tout droit sorti du tableau Il trionfo della Morte.
Auteur inconnu, app. 1446, Palermo
«Que puis-je faire pour vous?» lui souffle Scopello, prenant son courage à quatre pattes. Estomaqué qu'on ose lui demander, Vittorio prend, quant à lui, ses jambes à son cou et se perd dans Palermo, ne revenant plus jamais importuner le chien.
«Je suis, sans maître enfin, même pas cette mort de merde, un Chien Libre!!!!!»
«Bah! Libre... euh.... disons.... Et Adelina?»
FIN
La Cicala
Ps: Tu crois qu'Adelina pourra laisser un peu d'espace, entre son fils unique et ses nombreuses obligations religieuses, pour la relation avec le chien Scopello?
Pps: L'Amour, La Mort, La Liberté... Ça te dit quelque chose toi?
samedi 4 mai 2013
vendredi 3 mai 2013
Palermo Big Bang! (suite...)
Chère I.
Lettre 27
«L'Avventura»
Un film de Michelangelo Antonioni, tourné à Noto et Taormina (entre autre) avec Monica Vitti, 1960.
Antonioni introduit avec ce film un nouveau personnage féminin, émancipé, conscient et en accord avec sa féminité. À travers la douleur et la désillusion - toutes deux causées par la double infidélité de Sandro, Claudia est devenue une femme. Son intégration dans la routine sentimentale aboutit à une sorte de conscience de ce qui est provisoire.
Wikipedia, 2013
QUATRE
Vingt trois heures trente cinq. Le noir du soir ne laisse entrevoir aucune étoile. Paul est vanné. Les cernes hortensias se creusent à nouveau sous les cils de biche.
(Ben oui, des cils de biche pour un homme, c'est nul. Ça on le savait déjà!)
« Mais qui est cette fameuse Adelina, finalement? Et Vittorio, pourquoi s'est-il sauvé? se dit Paul, dévisageant le chien sicilien, les oreilles collées sur le museau et les yeux dans l'eau, couché en position foetale dans le fond du siège avant.
Aucune chambre d'hôtel à Ragusa. Trop de touristes en liesse pour la fête du St-Georgio. «Vous trouverez sans doute une chambre à Noto, la ville la plus proche.»
La nuit est trop courte. Dans la ruelle baroque, où les personnages grotesques des façades grognent et font peur au chien, Scopello recommence à japper de plus belle. «Mais ferma-la à la fin Scopello! Je ne me rappelais plus comme c'est barbant de vivre avec un chien! Et je ne me rappelle plus trop bien comment c'est de vivre avec une femme... barbant aussi, sans doute... »
«C'est sûr qu'il n'a jamais vécu avec Monica Vitti, pour dire des trucs de débile comme ça... Quel crétin ce Paul tout de même!» se dit Scopello, l'air agacé soudainement. «Un maître, c'est vraiment n'importe quoi...» garde-t-il pour lui même.
Les cloches sonnent à tout rompre. Scopello déguerpit plus vite que la lumière, les oreilles battant au vent, les quatre pattes en accéléré, le corps entier tendu, nerveux, en position presque horizontale dans la ligne de course vers le parvis de l' église. Une bombe.
«J'ai jamais vu un chien aussi catho, moi...»
Cette fois, Paul ne s'y fait pas prendre et marche lentement vers la place centrale où défile une procession. Le chien saute sur place, debout sur les pattes arrières, devant chaque archevêque en chasuble et mitre blanches. Le dernier évêque de la file donne des coups de la jambe droite, latéralement, pour cogner le dessus de la tête du chien. À plusieurs reprises, il recommence son manège. À chaque nouvelle fois, Scopello s'approche davantage du mollet découvert sous la robe. Et sous la robe, Paul peut clairement voir, même à vingt mètres de la scène, que l'évêque porte ... la jarretelle.
«Mamamiaaaaa!!!!!»
L'évêque perd sa mitre et découvre la longue chevelure blonde, les yeux paniqués. Elle relève le bas de sa robe des deux mains et se met à courir, le chien aux trousses, Paul à cinq mètres en arrière. Les autres évêques et la foule occupée n'ont rien vu.
Paul attrape le bras droit de la blonde en chasuble. Elle se débat comme elle peut. Paul est plus fort (Ça fait changement, non?). Les regards de Paul et de la femme se croisent. Elle penche sa tête. Calmée. Sa bouche, charnue sous l'ourlet des lèvres, bouge lentement. Son français roucoule à l'italienne. Paul la fixe sans entendre un mot, hypnotisé par le regard mordoré.
«Signorina, comment puis-je vous sortir de ce drôle de pétrin?»
«Amenez-moi à Taormina. Per favore! Vite...» lui chuchote t-elle dans l'oreille droite, plaçant sa paume le long de la joue brûlante de Paul.
CINQ
«J'ai aimé un homme autrefois. Sandro. Il est parti. Avec une autre femme. Puis, il m'est revenu. Différent. Changé. Sandro n'était plus le même. Mais je n'étais plus la même non plus...» lui dit Claudia, dans le ciel de Taormina, voisine de l'Etna. «Ce n'est peut-être pas l'Amour qui nous change. C'est peut-être sa quête. Et sa fuite...». Scopello hoche de la tête, opinant du bonnet. Se souvient d'Adelina. Paul baisse la sienne... (on sait à qui il pense, celui-là.) «Rien ne reste. Tout passe. Si éphémère...» dit Claudia, en pleurant tendrement. «J'ai voulu être une autre. Un homme. De foi. Mais je n'ai pas pu l'oublier. Sandro....»
«Bon, ça suffit Claudia! Moi, si j'étais Sandro et que je le voyais ton visage, là, précisément, dans le vent chaud de ce printemps, tu peux être certaine que je ne te laisserais plus JAMAIS repartir! Au diable vos âneries. Il est où maintenant, ton Sandro?»
« Il est moine dans la congrégation des Dominicains de Taormina!»
«Tu rigoles? Ahhhhh! ces Siciliens à la fin!» dit Paul, tirant Claudia par la manche, le chien à la queue-leu-leu, escaladant les nombreuses marches menant vers le monastère, la ville clinquante se repentant tout à coup à leur pied. Dans le soudain silence.
Sandro... Dans la pénombre du parloir, aucun frémissement des muscles de leurs visages. Aucun mouvement des fibres de leurs jambes et de leurs épaules. Le tic-tac des secondes résonne dans la chambre close. Prunelle contre prunelle, Claudia et Sandro se dévisagent. Mangent leur âme. Puis les larmes comment à couler, intarissables, le long des joues creusées de Sandro prenant sa belle tête entre ses deux paumes. Claudia ouvre doucement ses longs bras gracieux. Sandro s'y engouffre, tassant fermement de sa main droite le frère supérieur. Paul et le chien se regardent.
Ne disent rien.
Ne respirent plus.
Le coeur des Hommes s'enflamme et se délie.
Le volcan au loin crache ses flammèches dans le ciel très gris.
... À SUIVRE...
La Cicala
Ps: Et les oreilles de Scopello se dressent soudainement. Derrière son épaule droite... à nouveau... Adelina... (toujours avec son fils, trop fusionnelle cette Adelina, c'est sûr que le gamin devra se taper une thérapie!)
(pffffffff! les mères monoparentales d'un unique enfant...)
Lettre 27
«L'Avventura»
Un film de Michelangelo Antonioni, tourné à Noto et Taormina (entre autre) avec Monica Vitti, 1960.
Antonioni introduit avec ce film un nouveau personnage féminin, émancipé, conscient et en accord avec sa féminité. À travers la douleur et la désillusion - toutes deux causées par la double infidélité de Sandro, Claudia est devenue une femme. Son intégration dans la routine sentimentale aboutit à une sorte de conscience de ce qui est provisoire.
Wikipedia, 2013
QUATRE
Vingt trois heures trente cinq. Le noir du soir ne laisse entrevoir aucune étoile. Paul est vanné. Les cernes hortensias se creusent à nouveau sous les cils de biche.
(Ben oui, des cils de biche pour un homme, c'est nul. Ça on le savait déjà!)
« Mais qui est cette fameuse Adelina, finalement? Et Vittorio, pourquoi s'est-il sauvé? se dit Paul, dévisageant le chien sicilien, les oreilles collées sur le museau et les yeux dans l'eau, couché en position foetale dans le fond du siège avant.
Aucune chambre d'hôtel à Ragusa. Trop de touristes en liesse pour la fête du St-Georgio. «Vous trouverez sans doute une chambre à Noto, la ville la plus proche.»
La nuit est trop courte. Dans la ruelle baroque, où les personnages grotesques des façades grognent et font peur au chien, Scopello recommence à japper de plus belle. «Mais ferma-la à la fin Scopello! Je ne me rappelais plus comme c'est barbant de vivre avec un chien! Et je ne me rappelle plus trop bien comment c'est de vivre avec une femme... barbant aussi, sans doute... »
«C'est sûr qu'il n'a jamais vécu avec Monica Vitti, pour dire des trucs de débile comme ça... Quel crétin ce Paul tout de même!» se dit Scopello, l'air agacé soudainement. «Un maître, c'est vraiment n'importe quoi...» garde-t-il pour lui même.
Les cloches sonnent à tout rompre. Scopello déguerpit plus vite que la lumière, les oreilles battant au vent, les quatre pattes en accéléré, le corps entier tendu, nerveux, en position presque horizontale dans la ligne de course vers le parvis de l' église. Une bombe.
«J'ai jamais vu un chien aussi catho, moi...»
Cette fois, Paul ne s'y fait pas prendre et marche lentement vers la place centrale où défile une procession. Le chien saute sur place, debout sur les pattes arrières, devant chaque archevêque en chasuble et mitre blanches. Le dernier évêque de la file donne des coups de la jambe droite, latéralement, pour cogner le dessus de la tête du chien. À plusieurs reprises, il recommence son manège. À chaque nouvelle fois, Scopello s'approche davantage du mollet découvert sous la robe. Et sous la robe, Paul peut clairement voir, même à vingt mètres de la scène, que l'évêque porte ... la jarretelle.
«Mamamiaaaaa!!!!!»
L'évêque perd sa mitre et découvre la longue chevelure blonde, les yeux paniqués. Elle relève le bas de sa robe des deux mains et se met à courir, le chien aux trousses, Paul à cinq mètres en arrière. Les autres évêques et la foule occupée n'ont rien vu.
Paul attrape le bras droit de la blonde en chasuble. Elle se débat comme elle peut. Paul est plus fort (Ça fait changement, non?). Les regards de Paul et de la femme se croisent. Elle penche sa tête. Calmée. Sa bouche, charnue sous l'ourlet des lèvres, bouge lentement. Son français roucoule à l'italienne. Paul la fixe sans entendre un mot, hypnotisé par le regard mordoré.
«Signorina, comment puis-je vous sortir de ce drôle de pétrin?»
«Amenez-moi à Taormina. Per favore! Vite...» lui chuchote t-elle dans l'oreille droite, plaçant sa paume le long de la joue brûlante de Paul.
CINQ
«J'ai aimé un homme autrefois. Sandro. Il est parti. Avec une autre femme. Puis, il m'est revenu. Différent. Changé. Sandro n'était plus le même. Mais je n'étais plus la même non plus...» lui dit Claudia, dans le ciel de Taormina, voisine de l'Etna. «Ce n'est peut-être pas l'Amour qui nous change. C'est peut-être sa quête. Et sa fuite...». Scopello hoche de la tête, opinant du bonnet. Se souvient d'Adelina. Paul baisse la sienne... (on sait à qui il pense, celui-là.) «Rien ne reste. Tout passe. Si éphémère...» dit Claudia, en pleurant tendrement. «J'ai voulu être une autre. Un homme. De foi. Mais je n'ai pas pu l'oublier. Sandro....»
«Bon, ça suffit Claudia! Moi, si j'étais Sandro et que je le voyais ton visage, là, précisément, dans le vent chaud de ce printemps, tu peux être certaine que je ne te laisserais plus JAMAIS repartir! Au diable vos âneries. Il est où maintenant, ton Sandro?»
« Il est moine dans la congrégation des Dominicains de Taormina!»
«Tu rigoles? Ahhhhh! ces Siciliens à la fin!» dit Paul, tirant Claudia par la manche, le chien à la queue-leu-leu, escaladant les nombreuses marches menant vers le monastère, la ville clinquante se repentant tout à coup à leur pied. Dans le soudain silence.
Sandro... Dans la pénombre du parloir, aucun frémissement des muscles de leurs visages. Aucun mouvement des fibres de leurs jambes et de leurs épaules. Le tic-tac des secondes résonne dans la chambre close. Prunelle contre prunelle, Claudia et Sandro se dévisagent. Mangent leur âme. Puis les larmes comment à couler, intarissables, le long des joues creusées de Sandro prenant sa belle tête entre ses deux paumes. Claudia ouvre doucement ses longs bras gracieux. Sandro s'y engouffre, tassant fermement de sa main droite le frère supérieur. Paul et le chien se regardent.
Ne disent rien.
Ne respirent plus.
Le coeur des Hommes s'enflamme et se délie.
Le volcan au loin crache ses flammèches dans le ciel très gris.
... À SUIVRE...
La Cicala
Ps: Et les oreilles de Scopello se dressent soudainement. Derrière son épaule droite... à nouveau... Adelina... (toujours avec son fils, trop fusionnelle cette Adelina, c'est sûr que le gamin devra se taper une thérapie!)
(pffffffff! les mères monoparentales d'un unique enfant...)
mercredi 1 mai 2013
Palermo Big Bang! (suite)
Chère I.
Lettre 26
«Divorce à l'italienne»
Un film de Pietro Germi, tourné en partie à Ragusa, avec Marcello Mastroianni, 1962
Un noble sicilien veut se remarier, mais comme le divorce est illégal en Italie, il fait tout pour que sa femme tombe amoureuse d’un autre homme, pour pouvoir les surprendre ensemble, la tuer et n’avoir qu’une peine légère pour crime d'honneur.
TROIS
La pluie s'est estompée. Le chien sicilien ronfle sur la banquette arrière. Vittorio Emmanuele ne ronfle pas. Mais il se tord les mains et ronge savamment chaque cuticule de ses dix doigts. Ses traits fatigués et inquiets lui font soudainement un visage d'outre-tombe. Malgré la moustache victorieuse. Paul fixe la route du regard, attentif aux moindres indications. Et au chemin, plus obscur que clair, menant vers Ragusa. Au loin, dans le bleu de la nuit, les lumières de la ville baroque apparaissent soudainement, telles les joyaux d'une couronne surannée.
Le chien se réveille brusquement et jappe à tue-tête, alerté sans doute par les lumières vives. La Fiat 500 à peine garée, il se sauve à toute vitesse par la fenêtre arrière de la voiture, entrouverte de dix centimètres à peine.
«Scopello! SCOPELLO! Où vas-tu comme ça? Reviens ici tout de suite!» crie Paul, voyant dans son champ périphérique droit Signore Vittorio se sauver à toutes jambes dans les ruelles sinueuses de la ville.
«Mais c'est quoi ce bordel encore?»
Paul entend le chien au loin. Tourne la tête vers la gauche. Et se met à courir pour le rattraper. «Au diable l'autre enfoiré!»
Au pied de l'église, Paul retrouve le chien déchaîné devant le Saint-Georges terrassant le dragon.
«Allez Georgio! Vas-y! T'es capable! Tue-le ce dragon de merde!» hurle le chien.
«T'inquiète, Scopello, ce dragon, je le terrasserai, et je le transpercerai de ma lame, et je le ferai cuire en méchoui pour tous nos potes avec une bonne bière et je la sauverai ton Adelina toute pure! Mais franchement, entre nous, elle a l'air terriblement ennuyante, non?» crie St-Georgio sous tous les Bravi de la foule bigarrée et dense.
«Georgio, mêle-toi de tes affaires et tue-le, ton dragon! Le reste, c'est pas de tes oignons, mon vieux! Désolé, y'a des nuances auxquelles visiblement tu n'as pas accès...»
«Regarde-la bien ton Adelina!» répond St-Georges, «Pas sûr que ça va durer longtemps ton histoire! En plus, avec le fiston aux baskets, ça promet! Et des filles comme ça, tu peux être sûr que c'est nul au pieu!»
«Respect, man!!!! Grrrrrrrrrrr!»lui souffle le chien sicilien, les babines découvrant les canines.
(Babines et canines, ça rime).
Paul attrape le chien par le cou. Le ramène d'une poigne ferme à la voiture. Pas l'ombre du Signore Vittorio à l'horizon. Paul se gratte dubitativement la tempe droite. Les longs mois passés à Aix à ressasser ses récriminations contre sa femme Helena, son fils Junior et son chien Oscar, ne lui auront finalement rien appris. Encore moins à parler chien.
«Assez inutile, finalement, tes angoisses en boucle, tes insomnies, tes brûlements d'estomac et ta constipation. T'aurais vachement mieux fait de faire de la soupe aux légumes, hein, Paul?» se moque le chien, riant dans ses pattes.
«Allez! Viens-t-en, toi!» dit Paul en le poussant dans la voiture. «Bon, alors maintenant, où on va pour le retrouver ton maître, Mister Sicilian-Dog? Et, au fait, un maître, y en a t-il vraiment un qui voudrait de toi?» lui dit Paul exaspéré. Il allume brusquement le moteur et songe au chapitre 3 du Traité des droits des animaux: Comment transiger avec la Liberté des animaux ?
La Cicala Siciliana
... À SUIVRE ...
Lettre 26
«Divorce à l'italienne»
Un film de Pietro Germi, tourné en partie à Ragusa, avec Marcello Mastroianni, 1962
Un noble sicilien veut se remarier, mais comme le divorce est illégal en Italie, il fait tout pour que sa femme tombe amoureuse d’un autre homme, pour pouvoir les surprendre ensemble, la tuer et n’avoir qu’une peine légère pour crime d'honneur.
TROIS
La pluie s'est estompée. Le chien sicilien ronfle sur la banquette arrière. Vittorio Emmanuele ne ronfle pas. Mais il se tord les mains et ronge savamment chaque cuticule de ses dix doigts. Ses traits fatigués et inquiets lui font soudainement un visage d'outre-tombe. Malgré la moustache victorieuse. Paul fixe la route du regard, attentif aux moindres indications. Et au chemin, plus obscur que clair, menant vers Ragusa. Au loin, dans le bleu de la nuit, les lumières de la ville baroque apparaissent soudainement, telles les joyaux d'une couronne surannée.
Le chien se réveille brusquement et jappe à tue-tête, alerté sans doute par les lumières vives. La Fiat 500 à peine garée, il se sauve à toute vitesse par la fenêtre arrière de la voiture, entrouverte de dix centimètres à peine.
«Scopello! SCOPELLO! Où vas-tu comme ça? Reviens ici tout de suite!» crie Paul, voyant dans son champ périphérique droit Signore Vittorio se sauver à toutes jambes dans les ruelles sinueuses de la ville.
«Mais c'est quoi ce bordel encore?»
Paul entend le chien au loin. Tourne la tête vers la gauche. Et se met à courir pour le rattraper. «Au diable l'autre enfoiré!»
Au pied de l'église, Paul retrouve le chien déchaîné devant le Saint-Georges terrassant le dragon.
«Allez Georgio! Vas-y! T'es capable! Tue-le ce dragon de merde!» hurle le chien.
«T'inquiète, Scopello, ce dragon, je le terrasserai, et je le transpercerai de ma lame, et je le ferai cuire en méchoui pour tous nos potes avec une bonne bière et je la sauverai ton Adelina toute pure! Mais franchement, entre nous, elle a l'air terriblement ennuyante, non?» crie St-Georgio sous tous les Bravi de la foule bigarrée et dense.
«Georgio, mêle-toi de tes affaires et tue-le, ton dragon! Le reste, c'est pas de tes oignons, mon vieux! Désolé, y'a des nuances auxquelles visiblement tu n'as pas accès...»
«Regarde-la bien ton Adelina!» répond St-Georges, «Pas sûr que ça va durer longtemps ton histoire! En plus, avec le fiston aux baskets, ça promet! Et des filles comme ça, tu peux être sûr que c'est nul au pieu!»
«Respect, man!!!! Grrrrrrrrrrr!»lui souffle le chien sicilien, les babines découvrant les canines.
(Babines et canines, ça rime).
Paul attrape le chien par le cou. Le ramène d'une poigne ferme à la voiture. Pas l'ombre du Signore Vittorio à l'horizon. Paul se gratte dubitativement la tempe droite. Les longs mois passés à Aix à ressasser ses récriminations contre sa femme Helena, son fils Junior et son chien Oscar, ne lui auront finalement rien appris. Encore moins à parler chien.
«Assez inutile, finalement, tes angoisses en boucle, tes insomnies, tes brûlements d'estomac et ta constipation. T'aurais vachement mieux fait de faire de la soupe aux légumes, hein, Paul?» se moque le chien, riant dans ses pattes.
«Allez! Viens-t-en, toi!» dit Paul en le poussant dans la voiture. «Bon, alors maintenant, où on va pour le retrouver ton maître, Mister Sicilian-Dog? Et, au fait, un maître, y en a t-il vraiment un qui voudrait de toi?» lui dit Paul exaspéré. Il allume brusquement le moteur et songe au chapitre 3 du Traité des droits des animaux: Comment transiger avec la Liberté des animaux ?
La Cicala Siciliana
... À SUIVRE ...
lundi 29 avril 2013
Palermo Big Bang!
Chère I.
Comme un film
Lettre 25
«De façon générale, le terme « Big Bang » est associé à toutes les théories qui décrivent notre Univers comme issu d'une dilatation rapide qui fait penser (abusivement) à une explosion, et est également le nom associé à cette époque dense et chaude qu’a connu l'Univers il y a 13,82 milliards d’années sans que cela préjuge de l’existence d’un « instant initial » ou d’un commencement à son histoire.»
Wikipédia, 2013
«Palermo shooting »
Un film de Wim Wenders, 2008
INTRO
Paul en a marre de son blues. Il se répète. Ad nauseam. Une nausée qui commence sérieusement à lui taper sur le système limbique.
«Et si on te la faisait genre road movie, bing, bang! tu penses que ça te plairait Paul?»
Bien oui, ça lui plairait à Paul. Au point où il en est rendu. Le cinéma, décrire ce qui est visible, audible, éviter de rentrer dans sa pénible psychologie, franchement, pourquoi pas!
«Andiamoooooo!!!!»
UN
«Pouetttt!!! Bing! Pouettttpuoettt! Bang! Pouettttt!»
«Qui e questo cretino! Ma va fanculo!!!»
La moto frôle d'un centimètre à peine, en dépassant à vive allure sur la droite, le rétroviseur de la Fiat 500. A gauche, deux autos se tapent sur les nerfs et s'enfoncent dans l'allée centrale. Celle spontanément crée par les chauffeurs agressifs entre les deux voies normales. Les klaxons hurlent. Le visage de Paul devient étrangement rouge. La sueur perle sur son front, sous ses aisselles, entre ses jambes. «Colione di merdaaaaaaaa!!!!!!!» Devant lui, un nouvel embouteillage. La sirène d'une ambulance rugit dans les tympans de Paul. Un entonnoir se forme en quelques secondes. Les policiers en costards empesés et boutons dorés gesticulent. Une main pointant vers la droite. Une autre main dansant au niveau de la bouche et pointant vers la gauche. Gauche, droite. Droite ou gauche. Les Palermitains sont ambidextres. Ainsi que leurs autoroutes.
Les montagnes de déchets éparses sur les grandes avenues empestent. Paul doit cacher son visage déjà rougi, dans les manches de sa chemise qui fût, autrefois, une chemise blanche. Son nez frôlant son aisselle droite se rétracte. Entre l'odeur des détritus pourris et le parfum de sa propre animalité, Paul sent sa tête tourner au vert.«Mais c'est QUOI ce bordel exactement?»
Palermo n'est pas une ville.
C'est une odeur.
C'est du bruit.
C'est du suranné en concentré.
C'est quelque part entre Luxure et Gourmandise paraît-il.
Paul arrête le moteur surchauffé. Il vient tout juste d'arriver à Palermo, après avoir récupéré la voiture louée pour une semaine à l'aéroporto Falcone-Borsalino. Du nom des deux juges assassinés par la Mafia. La Cosa Nostra. Il y a deux immenses grafignes le long de sa carlingue. «Merde!» En ouvrant sa porte, il trébuche sur le corps gisant d'un chien. Un chien Sicilien. Qui ressemble somme toute à tous les autres chiens. En plus doré, peut-être. Et en plus nonchalant, sans doute.
Paul se gratte la tempe. Remue la tête. Tente de retrouver son chemin sur la carte. Hésite entre deux possibilités. Le chien se colle à ses baskets. Le lèche. Lui sourit... Semble indiquer du museau la direction à suivre. Paul se penche pour lire le nom du chien sur le collier.
«SCOPELLO»
Et rien d'autre. Scopello, ce n'est pas le nom du chien, c'est très exactement où Paul essaie de se diriger, pour sortir de l'enfer de Palermo. Un tout petit village de pêcheurs. Au calme. Un endroit pour lire, pour écrire, pour ne surtout pas penser à Helena. (Ça, on avait bien dit que c'était fini non?)
«Et ben mon pote, dis-donc, tu en as de la chance toi! Aucune idée de ce que tu fous ici, peut-être avais-tu besoin d'un bain de détritus et d'urbanité, mais moi, je t'emmène à Scopello. On va bien le retrouver ton maître non?» lui dit Paul en l'embarquant dans la voiture, côté passager. «Wouuufffffff!!!!» lui répond le chien sicilien, les oreilles dressées et l'air heureux.
DEUX
«T'as vu, mon pote? Pas triste ton bled tout de même!» Le soleil brille. Le chien fait sécher ses pattes sur le devant de la voiture, après avoir fait trempette dans la Méditerranée, au détour de la petite ville de Castelammare del Golfo. Son collier cliquette à chaque foulée. La langue bien pendue, le chien prend le Lumix LX5 de Paul, pour immortaliser le voyageur. «Cheese!» dit-il en chien. Le ciel est bleu. Les figuiers et leurs étranges troncs tortueux sont en feuilles. Pas d'ombre. Et pas l'ombre d'une pensée pour Helena. «Yessssssssss!!!!!» pense Paul, le visage décontracté, les traits plutôt tirés vers le haut au travers de son sourire.
(Ça lui va pas mal, à Paul, un sourire.)
(Ça fait nouveau genre, nouvelle vague.)
«C'est pas tout ça, mon vieux, il faudrait bien le retrouver maintenant ton maître!» dit Paul en marchant avec le chien vers la place du village où les touristes et les villageois oscillent entre quelques Moretti et l'eau fraîche de la vieille fontaine.
Paul entre par la porte principale de la gelateria et demande le patron. Monsieur Vittorio Emanuele est gigantesque. Des mains comme des bateaux. La barbichette en épée et la moustache étonnante, le regard altier et le dos impeccablement droit. Le chien sicilien se cache derrière les jambes de Paul et lui grignote les mollets, inquiet. «wwwwowuowuowuowuowuwwwwwwfffff...»
«Mais oui, je connais ce chien... Scopello... c'est bien son nom. Quel étrange hasard! J'ai déjà entendu ma cousine me parler du chien Scopello. Un bâtard doré comme celui-ci. Je ne sais pas exactement à qui il appartient, mais appartient-on jamais vraiment à quelqu'un... » dit-il d'une voix mélancolique. « Adelina pourrait sans doute nous en dire davantage. Malheureusement, elle n'habite plus ici. Elle demeure maintenant à Ragusa... »
«Ragusa, très bien, j'irai sans problème. J'ai vraiment tout mon temps.»
«Est-ce que je pourrais alors vous demander de m'y emmener, j'ai justement quelques affaires à y régler» lui demande Vittorio Emanuele avec une superbe, toute royale cette-fois.
Les trois lascards reprennent la route à l'aurore. Le chien est relégué au siège arrière. Les routes, sans grandes indications, défilent sous la pluie. D'immenses plaines et collines vertes de vignes, d'oliviers et de citronniers où paissent moutons et vaches. Et toujours le vent et quelques Jésus en croix. Le chien jappe devant chaque nouvelle bête. Mais de Ragusa , pas l'ombre d'une lumière...
... À SUIVRE....
Comme un film
Lettre 25
«De façon générale, le terme « Big Bang » est associé à toutes les théories qui décrivent notre Univers comme issu d'une dilatation rapide qui fait penser (abusivement) à une explosion, et est également le nom associé à cette époque dense et chaude qu’a connu l'Univers il y a 13,82 milliards d’années sans que cela préjuge de l’existence d’un « instant initial » ou d’un commencement à son histoire.»
Wikipédia, 2013
«Palermo shooting »
Un film de Wim Wenders, 2008
Palermo, Big Bang! (un film virtuel, La Cigale, Sicile 2013)
INTRO
Paul en a marre de son blues. Il se répète. Ad nauseam. Une nausée qui commence sérieusement à lui taper sur le système limbique.
«Bof Paul! T'en as pas un peu ras-le-pompon de ton truc? T'es docteur à la fin! Tu le sais bien, toi, combien il y en a de gens qui vont mal! Alors, ton chagrin d'amour, ta désillusion familiale, tout ton tralala, tu penses pas que ça suffit, non?» lui souffle même l'auteure, sur les nerfs.
Marre du looser! Du couillon. Du mari trompé. Du papa à côté de la trac. De l'éternel amoureux déclassé.
«Change de disque!» le convainc-t-elle (l'auteure, pas Helena).
Enough is enough!
BASTA!!!!!!!!
«Change de disque!» le convainc-t-elle (l'auteure, pas Helena).
Enough is enough!
BASTA!!!!!!!!
«Et si on te la faisait genre road movie, bing, bang! tu penses que ça te plairait Paul?»
Bien oui, ça lui plairait à Paul. Au point où il en est rendu. Le cinéma, décrire ce qui est visible, audible, éviter de rentrer dans sa pénible psychologie, franchement, pourquoi pas!
«Andiamoooooo!!!!»
UN
«Pouetttt!!! Bing! Pouettttpuoettt! Bang! Pouettttt!»
«Qui e questo cretino! Ma va fanculo!!!»
La moto frôle d'un centimètre à peine, en dépassant à vive allure sur la droite, le rétroviseur de la Fiat 500. A gauche, deux autos se tapent sur les nerfs et s'enfoncent dans l'allée centrale. Celle spontanément crée par les chauffeurs agressifs entre les deux voies normales. Les klaxons hurlent. Le visage de Paul devient étrangement rouge. La sueur perle sur son front, sous ses aisselles, entre ses jambes. «Colione di merdaaaaaaaa!!!!!!!» Devant lui, un nouvel embouteillage. La sirène d'une ambulance rugit dans les tympans de Paul. Un entonnoir se forme en quelques secondes. Les policiers en costards empesés et boutons dorés gesticulent. Une main pointant vers la droite. Une autre main dansant au niveau de la bouche et pointant vers la gauche. Gauche, droite. Droite ou gauche. Les Palermitains sont ambidextres. Ainsi que leurs autoroutes.
Les montagnes de déchets éparses sur les grandes avenues empestent. Paul doit cacher son visage déjà rougi, dans les manches de sa chemise qui fût, autrefois, une chemise blanche. Son nez frôlant son aisselle droite se rétracte. Entre l'odeur des détritus pourris et le parfum de sa propre animalité, Paul sent sa tête tourner au vert.«Mais c'est QUOI ce bordel exactement?»
Palermo n'est pas une ville.
C'est une odeur.
C'est du bruit.
C'est du suranné en concentré.
C'est quelque part entre Luxure et Gourmandise paraît-il.
Paul arrête le moteur surchauffé. Il vient tout juste d'arriver à Palermo, après avoir récupéré la voiture louée pour une semaine à l'aéroporto Falcone-Borsalino. Du nom des deux juges assassinés par la Mafia. La Cosa Nostra. Il y a deux immenses grafignes le long de sa carlingue. «Merde!» En ouvrant sa porte, il trébuche sur le corps gisant d'un chien. Un chien Sicilien. Qui ressemble somme toute à tous les autres chiens. En plus doré, peut-être. Et en plus nonchalant, sans doute.
Paul se gratte la tempe. Remue la tête. Tente de retrouver son chemin sur la carte. Hésite entre deux possibilités. Le chien se colle à ses baskets. Le lèche. Lui sourit... Semble indiquer du museau la direction à suivre. Paul se penche pour lire le nom du chien sur le collier.
«SCOPELLO»
Et rien d'autre. Scopello, ce n'est pas le nom du chien, c'est très exactement où Paul essaie de se diriger, pour sortir de l'enfer de Palermo. Un tout petit village de pêcheurs. Au calme. Un endroit pour lire, pour écrire, pour ne surtout pas penser à Helena. (Ça, on avait bien dit que c'était fini non?)
«Et ben mon pote, dis-donc, tu en as de la chance toi! Aucune idée de ce que tu fous ici, peut-être avais-tu besoin d'un bain de détritus et d'urbanité, mais moi, je t'emmène à Scopello. On va bien le retrouver ton maître non?» lui dit Paul en l'embarquant dans la voiture, côté passager. «Wouuufffffff!!!!» lui répond le chien sicilien, les oreilles dressées et l'air heureux.
DEUX
«T'as vu, mon pote? Pas triste ton bled tout de même!» Le soleil brille. Le chien fait sécher ses pattes sur le devant de la voiture, après avoir fait trempette dans la Méditerranée, au détour de la petite ville de Castelammare del Golfo. Son collier cliquette à chaque foulée. La langue bien pendue, le chien prend le Lumix LX5 de Paul, pour immortaliser le voyageur. «Cheese!» dit-il en chien. Le ciel est bleu. Les figuiers et leurs étranges troncs tortueux sont en feuilles. Pas d'ombre. Et pas l'ombre d'une pensée pour Helena. «Yessssssssss!!!!!» pense Paul, le visage décontracté, les traits plutôt tirés vers le haut au travers de son sourire.
(Ça lui va pas mal, à Paul, un sourire.)
(Ça fait nouveau genre, nouvelle vague.)
Paul entre par la porte principale de la gelateria et demande le patron. Monsieur Vittorio Emanuele est gigantesque. Des mains comme des bateaux. La barbichette en épée et la moustache étonnante, le regard altier et le dos impeccablement droit. Le chien sicilien se cache derrière les jambes de Paul et lui grignote les mollets, inquiet. «wwwwowuowuowuowuowuwwwwwwfffff...»
«Mais oui, je connais ce chien... Scopello... c'est bien son nom. Quel étrange hasard! J'ai déjà entendu ma cousine me parler du chien Scopello. Un bâtard doré comme celui-ci. Je ne sais pas exactement à qui il appartient, mais appartient-on jamais vraiment à quelqu'un... » dit-il d'une voix mélancolique. « Adelina pourrait sans doute nous en dire davantage. Malheureusement, elle n'habite plus ici. Elle demeure maintenant à Ragusa... »
«Ragusa, très bien, j'irai sans problème. J'ai vraiment tout mon temps.»
«Est-ce que je pourrais alors vous demander de m'y emmener, j'ai justement quelques affaires à y régler» lui demande Vittorio Emanuele avec une superbe, toute royale cette-fois.
Les trois lascards reprennent la route à l'aurore. Le chien est relégué au siège arrière. Les routes, sans grandes indications, défilent sous la pluie. D'immenses plaines et collines vertes de vignes, d'oliviers et de citronniers où paissent moutons et vaches. Et toujours le vent et quelques Jésus en croix. Le chien jappe devant chaque nouvelle bête. Mais de Ragusa , pas l'ombre d'une lumière...
... À SUIVRE....
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